Psychologue à Saint-Nazaire
Julien Savigne

Approche

« D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une expérience visuelle et synesthésique des nombres. Ils sont ma langue maternelle, celle dans laquelle je pense et je ressens. Par exemple, comme j’ai du mal à comprendre ou à réagir aux émotions des autres, j’ai souvent recours aux nombres pour y arriver. 

Si un ami me dit qu’il se sent triste ou déprimé, je m’imagine assis au creux de la cavité noire d’un 6, et cela m’aide à faire l’expérience d’un sentiment similaire et à le comprendre. Quand je lis dans un article qu’une personne à été intimidée par quelque chose ou quelqu’un, je m’imagine debout à côté du nombre 9. Lorsque que quelqu’un me décrit un bel endroit qu’il a visité, je me souviens de paysages numériques et de la manière dont ils me rendent heureux. C’est ainsi que les nombres m’aident à être plus proche des autres. » 

Nous dit Daniel Tammet dans « Je suis né un jour bleu ». Les spécialistes parlent de lui en tant qu’ « Autiste de Haut-niveau » ou « Asperger »… Il vrai qu’il a pu réciter de mémoire, et en 5h30, le nombre Pi jusqu’à la 22514ème décimale après la virgule, connait plus de 10 langues, dont le finlandais qu’il a appris suffisamment bien en 4 jours pour tenir une conversation à la télévision avec une journaliste finlandaise, répondant aux questions sur ces capacités jugées extraordinaires.

Pouvons-nous en faire autant ? 

Daniel Tammet témoigne ainsi non pas d’un handicap, mais d’une autre manière de percevoir, ressentir et traiter pour fonctionner. Cela montre également que c’est bien moins le sujet autiste qui n’écoute pas que nous qui sommes dans l’incapacité de l'écouter, d' y entendre quelque chose à cette manière unique de fonctionner, différente de celle de la psychose (et notamment de la schizophrénie). 

Comme peut le soulever bien souvent Josef Schovanec, Autiste Asperger, diagnostiqué et « médiqué » à tort schizophrène, avant que les spécialistes ne reconnaissent son autisme. L’intérêt du « diagnostic  différentiel» est avant tout « thérapeutique ». Le sujet ne se réduit certes ni à une étiquette ni à une manière stéréotypée de l’appréhender, puisque chaque personne perçoit, pense et désire de manière différente et singulière. En revanche, autisme et schizophrénie ne relèvent pas de la même manière de fonctionner, les confondre a des effets ravageant chez l’un et l’autre, alors que tous deux ont droit au respect de leur éthique. 

En effet, si on en croit Marielle Frayssinet « L’autiste est au départ un sujet a-structuré, où tout est à construire, son effort est d’abord de se créer une protection suffisante pour pouvoir ensuite accéder au monde et aux autres, par l’intermédiaire d’objets et de supports divers qui lui donneront un corps, une parole et une identité. De là il pourra procéder à une mise en ordre et un réglage de son rapport au monde. Les tentatives de traitement de l’angoisse passeront par un objet ou un centre d’intérêt particulier. »1

« L’ Affinity therapy » 2  est une approche qui consiste à s’appuyer sur les intérêts spécifiques, passions, stéréotypies, écholalies des sujets autistes, jugées à tort comme des obsession ; à accepter d’être la main tendu qui ne demande rien et permettre ainsi au sujet de créer un lien possible. A nous d’être ouvert à son monde afin qu’il puisse avoir le plus de prise possible sur le sien. 

Cette pratique, qui s’appuie sur le discours analytique, est dite « à plusieurs » puisqu'elle engage avant tout les parents, en tant que premiers partenaires, ainsi que chacun des partenaires, que le sujet juge à même de lui permettre de coder le monde auquel il a affaire. 

Cette approche est issue des travaux de Jean-Claude Maleval, et de Myriam Perrin, réciproquement : ancien directeur à la retraite, et actuelle directrice du diplôme de psychologue clinicien, mention Adulte de l’université de Rennes 2 ; professeur honorifique, et directrice du GRA (Groupe de Recherche sur l’Autisme) de l’université de Rennes 2, dont je fais partie. 

Different is Brilliant

Cette approche : prend appuie sur la parole de ceux qui peuvent en dire quelque chose qui les concernent et les impliquent, à savoir les autistes, les parents et les professionels... ; en réunit l’ensemble des témoignages afin que du particulier nous puissions nous enseigner d’une manière de fonctionner, propre au sujet autiste. 

S’en suit le 5 et 6  mai 2015 la tenue et la publication du premier Colloque international « Affinity Therapy », auquel j’ai pu prendre part. Mon intervention intitulée "Anthony : Du congélateur à l'usage des nombres." vous est accessible dans la rubrique Témoignages.
 
Si la rencontre au cabinet peut être angoissante pour le sujet autiste, que le travail en collaboration avec l'entourage est une nécessité, je vous propose alors de nous rencontrer dans le lieu qui vous semble le plus adéquat : au cabinet ou à votre domicile. 

1 : FRAYSSINET Marielle, Phénoménologie de l’autisme et de la schizophrénie. Psychologie Clinique 2012/1 - n° 33 p.48.

2 : http://affinitytherapy.sciencesconf.org/

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